À la sortie de la nouvelle gare de Nanterre-La Folie, bienvenue dans la ville de demain où le campus des Groues annonce la couleur. Du jaune dor enrobe lidée dune forêt de jeunes bouleaux à lassaut de terrasses en gradins couvertes de plantes et darbustes. Dédié à lapprentissage du CAP au bac + 5, ce campus est le premier du genre en France, à la fois connecté et biosourcé : 43 salles de classe, murs blancs et chaises multicolores ; deux amphithéâtres feutrés et cosy ; une multitude d’îlots détente avec leurs mobiliers en mousse, chauffeuses et baby-foot. De quoi donner envie dapprendre. Un article initialement publié dans le numéro 171 de 5Façades. 

À l’entrée du futur écoquartier des Groues, le long de la ligne du RER E, l’édifice de 10 500 m² offre un arrondi de 8 niveaux au-dessus des arbres et des bancs d’un balcon promenade. Les lignes pures et asymétriques de la façade à claire-voie sont le fruit d’un assemblage aléatoire de tubes métalliques creux (8, 10 et 16 mm de diamètre), positionnés sur des modules préfabriqués d’une tonne chacun, environ : « Ce sont de beaux bébés ! » souligne Carole Houssin, architecte (agence A26 Architecture) qui a suivi le projet. Les modules (les plus hauts 4,80 m sur 2,70 m de large) comptent jusqu’à une dizaine de tubes (étages supérieurs) et sont fixés sur une structure poteaux-poutres béton : « Au soleil, les tubes métalliques se moirent et se détachent encore davantage de la façade » poursuit Carole Houssin.

C’est elle qui a trouvé leur teinte inédite, entre champagne et gold : « On est sur les Groues, du nom de cette terre argileuse qui a connu le passé industriel de l’ouest parisien et quand j’ai vu sous mes pieds cette couleur chaude, un peu champagne, j’ai dit la voilà ! ». Seconde peau sur l’édifice, des stores automatisés se complètent avec la maille tubulaire pour composer un double système de protection. Un jeu de cache-cache avec la lumière très étudié : « Des tests “héliodons”, qui reproduisent l’éclairage solaire sur une maquette en 3D, nous ont permis de suivre les effets de la course du soleil sur le bâtiment à l’intérieur et à l’extérieur, ainsi on a pu mettre en correspondance les vibrations lumineuses des tubes métalliques avec celles des plafonds en bois striés ». Dans un campus rempli d’élèves et du brouhaha des interclasses, l’acoustique fait aussi partie des priorités.

Tubes creux en acier anodisé, sertis en tête et en pied et fixés sur le béton préfabriqué.

Un bâtiment qui respire

Les 3 000 étudiants et leurs enseignants sont accueillis dans un grand espace double hauteur dont l’effet hall de gare est atténué par un plafond couvert de suspensions en mousse de mélamine blanche. Sitôt passés les tourniquets de sécurité, se dégage une autre ambiance plus intime : au plafond, la géométrie fine de lamelles de bois striées (Hunter Douglas) et le long du mur vitré, côté sud, des panneaux en métal et bois (de 60 cm à 1,20 m de large) pivotants sur un axe tous les 2,25 m. Une heureuse trouvaille qui assure à la fois transparence et sécurité à ce vaste espace qui invite aussi bien au travail qu’à une pause-café sur ses confortables tables hautes.

Dans les étages, priorité à la lumière, aux larges couloirs et aux corners café-détente. Le bâtiment donne l’impression de respirer avec des ouvertures partout. Au bout du couloir, dans les escaliers et même dans les sanitaires. Le regard trouve sans cesse une perspective et cette transparence lève tout sentiment d’oppression. L’ensemble tourne autour d’une cour triangulaire, un patio puits de lumière avec son bardage blanc en aluminium ondulant et ses larges modules vitrés (2 à 5 châssis de 1,35 m sur 2,40 m) qui favorisent la transparence. À chaque étage, deux salles polyvalentes (détente, révisions, ateliers) conçues dans les moindres détails pour assurer une concentration optimale : arbre acoustique en tissu, mobilier en feutre et mousse, sol en lino végétal, comme partout dans le bâtiment. Autre astuce pour déjouer les pièges du soleil dans l’amphithéâtre du RC, une cloison côté sud travaillée comme une sculpture : des panneaux coulissants répartis en modules de 4,50 m de hauteur et composés de lames de bois verticales fixées de façon aléatoire. Du plus bel effet ! Au plafond, deux poutres à profil reconstitué soudé (portée de 15 m pour plus de 13 tonnes par bande de charge) qui présentent l’avantage de réaliser des formes plus libres malgré de fortes contraintes. Ici, elles sont réduites vers les porteurs et des réservations ont été prévues pour les passages des réseaux.

Harmonie du béton teinté dans la masse et des tubes anodisés où s’incrustent des châssis de plain-pied en aluminium, stores intérieurs.

75 % de matériaux biosourcés

Pour cet ERP classé en première catégorie incendie et construit au-dessus de la ligne du futur métro ligne 15 (prévu en 2030 dans le cadre du Grand Paris Express), l’emploi du bois est interdit. Pour compenser, les bétons sont en partie récupérés, une centrale installée sur site réduit l’impact du transport. La structure poteaux/poutres est conçue pour être réversible : « Sa double enveloppe béton/isolant/béton préfabriqué assure un très bon déphasage thermique et pérenne ». Le double système brise-soleil (tubes et stores coulissants) maximise les apports des rayonnements d’hiver et minimise ceux d’été. Une gestion intelligente permet de retenir l’eau de pluie et d’en faire profiter les plantations : un système de noues filtrantes alimente le patio arboré selon ses besoins et le substrat du toit et des terrasses végétalisées absorbe une quantité d’eaux pluviales non négligeable, environ 30 litres pour 8 cm d’épaisseur. Le reste part dans les canalisations du réseau urbain.

À l’intérieur, des matériaux biosourcés, chanvre et coton dans les isolants (procès-verbaux feu compatibles), du bois massif pour les plafonds et nombreux habillages muraux ainsi que du linoléum végétal au sol : « Des matériaux biosourcés également sur les terrasses largement plantées, lames de sol en bambou, murets en L pour retenir la terre en plastique recyclé ». Les centrales d’air à très haut rendement récupèrent les calories par échangeur, le chauffage utilise le réseau urbain. Tout près de La Défense, le campus le plus grand de France préfigure la future ZAC des Groues qui affiche une ambition écologique forte : 40 % de bois pour les futurs logements, bureaux, crèche et groupe scolaire, du béton bas carbone, un chauffage urbain alimenté par des résidus agricoles et une profusion d’espaces végétalisés dans ce monde minéral.

RC sud, l’un des deux amphithéâtres (225 places), confort feutré et lignes pures, travées alignées aux murs-rideaux amovibles.

Éviter « l’effet orgue »

Les tubes métalliques sont nés de la volonté de l’aménageur de recréer une forêt urbaine. Le bouleau, espèce assez répandue dans la région avec ses troncs très verticaux, s’est imposé : « Pour faire plus vrai, on a même essayé de percer des trous le long des tubes, mais les tests en soufflerie ont révélé un effet orgue ! ». Ces études acoustiques ont été réalisées dans une soufflerie au CSTB de Nantes. Pour tester les vibrations sonores et l’inertie des tubes, plusieurs densités et diamètres de prototypes ont été soumis à des vents allant jusqu’à 150 voire 160 km/h. Résultat : les trous et le remplissage sont à exclure. En revanche, leur épaisseur (6 à 8 mm) et leur espacement sont déterminants : « Cela a demandé des heures et des heures de travail, chaque tube a été dessiné en 3D et disposé de façon aléatoire à la fois entre eux et dans l’espace ». Et pour tout le périmètre et chaque niveau ! L’acousticien a aussi mis en garde sur l’effet « galop », une résonance qui peut être évitée en jouant sur l’écart entre deux tubes de même diamètre. Subtil !

Coupure vibratile

Nécessaire en raison du futur passage du métro ligne 15 sous le bâtiment, pour isoler de toute vibration notamment les auditoriums et studios d’enregistrement : « Cette coupure vibratile de 7 à 8 cm permet une désolidarisation des structures en plancher haut du sous-sol ainsi qu’en vertical, entre les deux parties du bâtiment ». À l’horizontale, les structures (têtes de poteaux et voiles) reposent sur des plots résilients d’ultra-haute densité, protégés au feu par une gangue de plâtre type Promat. Sur le croquis, remontée de la coupe vibratile jusqu’en terrasse du R+5. Le plancher d’une partie de la salle polyvalente est en porte-à-faux sur le plancher de la terrasse.

Carole Houssin, architecte, agence A26 « Une aventure humaine stimulante »

« Ce projet très technique est devenu une aventure à la fois humaine et stimulante. De nombreux sujets nous ont tenus en haleine. Les façades, bien sûr, avec la pose successive des châssis et murs-rideaux, puis des préfabriqués béton repris sur la même structure, en ménageant l’étanchéité des baies. Enfin, la pose des complexes de tubes, sans oublier les interfaces avec la gestion des eaux pluviales dissimulées. Les tolérances spatiales étaient très faibles, de l’ordre du demi-centimètre sur du béton de 2 cm, pour permettre une continuité des lignes. Malgré toutes les contraintes, les cadences de pose se sont bien enchaînées, le process ayant été bien préparé en amont. La spécificité d’un campus est d’accueillir du public en grand nombre, ici il s’agit d’un ERP de 1re catégorie avec des contraintes incendie importantes. Si la trame poteaux/poutres permet une grande réversibilité, les pas d’étages sont généralement plus grands pour permettre une distribution d’air plus conséquente. C’est pourquoi ce bâtiment est aussi un exemple en termes de thermique dynamique avec des résultats bien au-delà des normes actuelles et plus proches des référentiels du futur. Étudié avant la RE2020, il répond aux critères bioclimatiques de l’horizon 2050 ! Dans un environnement urbain de plus en plus contraint, lorsqu’une ancienne friche industrielle vient d’être déqualifiée en écoquartier, le neuf a encore une raison d’être ! Toute la réflexion a abouti à la prouesse du premier campus aussi vertueux pour la densité de sa population. De l’étude complète de toutes les contraintes du site est né un bâtiment raisonné et résilient. Un campus en harmonie avec son site et son environnement qui bénéficie de l’enthousiasme de ses utilisateurs, étudiants et staff, et dépasse les enjeux à venir : c’est bien là l’empreinte d’A26 Architecture, le “Building Harmony” ! »

Fiche technique

Maître d’ouvrage :

Telamon et Bricqueville

BET cotraitants:
B27, Mugo, AVLS, Movvéo,
Le Sommer Environnement,
Berim, Airt Contrôle, Mazet,
Bollinger+Grohmann

Programme:
École d’enseignement supérieur
pour le groupe IGS

ERP type R:
Effectif 2 369 (1re catégorie)

Architecte:
A26 Architecture

Architecte associé:
MBE Atelier

 

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