À Montpellier, au cœur du célèbre quartier Antigone, le groupe Lorillard s’est vu confier par le bailleur social ACM Habitat la restauration des menuiseries de la résidence du Nombre d’Or. Entretien avec Olivier Ballet, responsable d’agence Lorillard Bâtiment Occitanie.

C’est une opération de restauration portant sur un ensemble emblématique du paysage montpelliérain : la résidence du Nombre d’Or, construite en 1984 par l’architecte Ricardo Bofill. Achevée en mars, l’opération prévoyait la rénovation de 1 518 menuiseries des immeubles situés place du Nombre d’Or, avec deux exigences : respecter l’écriture architecturale de cet ensemble et en renforcer les performances, notamment sur le plan énergétique.

5Façades : Comment concilier, dans un projet comme celui du Nombre d’Or, une restitution à l’identique des menuiseries avec les exigences actuelles en matière de performance thermique et d’étanchéité ?

Olivier Ballet : L’idée consiste à ne pas opposer patrimoine et performance, mais à les traiter simultanément dès la conception. Sur un projet comme le Nombre d’Or, la priorité absolue reste le respect de l’écriture architecturale, ici très codifiée. La principale contrainte a été de préserver avec une très grande fidélité le dessin d’origine des menuiseries, en particulier les masses bois, les proportions et la composition des petits bois, qui participent pleinement à l’écriture architecturale de la résidence imaginée par Ricardo Bofill. Nous avons procédé à un relevé sur site de chaque typologie afin de reproduire au plus juste l’existant. Grâce à la diversité des profils qui composent notre gamme bois, nous avons réussi à reproduire l’existant à quelques millimètres près. Cette base nous permet ensuite d’intégrer, à l’intérieur de cette « enveloppe visuelle », des solutions techniques contemporaines.

Quels arbitrages techniques ont été nécessaires pour respecter les proportions et modénatures d’origine (nombre d’or, petits bois, trames verticales) tout en intégrant des vitrages plus performants ?

L’arbitrage technique principal a consisté à préserver en priorité tout ce qui relève de la lecture architecturale de la façade : proportions, trames verticales, dessin des petits bois et masses visibles des menuiseries. Sur la résidence du Nombre d’Or, ces éléments ne sont pas décoratifs ; ils participent directement à la composition conçue par Ricardo Bofill et au respect du nombre d’or. À partir de ce cadre non négociable, nous avons travaillé sur ce qui pouvait évoluer sans être perceptible : intégration d’un double vitrage plus performant, amélioration de l’étanchéité par les joints et, selon les cas, mise en place d’entrées d’air plus performantes. Le travail d’arbitrage s’est donc fait dans l’épaisseur technique de la menuiserie, sans modifier son apparence. Quelques ajustements ont été nécessaires en atelier sur certaines typologies particulières, notamment lorsqu’il fallait composer avec des contraintes de garde-corps ou de formats. Mais ces adaptations ont été traitées de façon à rester invisibles une fois la menuiserie posée.

Dans quelle mesure le choix du bois s’est-il imposé comme une évidence patrimoniale, et quelles auraient été les limites d’autres matériaux (alu, PVC, mixte) dans ce contexte architectural ?

Le choix du bois s’est imposé comme une évidence, à la fois pour des raisons réglementaires et, surtout, pour des raisons architecturales. Le bâtiment est situé en zone protégée, sous l’avis des Architectes des Bâtiments de France, mais au-delà de ce cadre, le bois fait partie intégrante du projet d’origine conçu par Ricardo Bofill. Comme le rappelle le cahier des conseils d’architecture rédigé par Anna Bofill en 1980 : « Les fenêtres seront ordonnées verticalement selon les axes dérivés de la géométrie de base, selon des pourcentages des vides sur les pleins tels que : – 30 % de vide : prépondérance des pleins, façade de murs, emploi du béton architectonique, menuiseries en bois. » Le bois participe donc directement à l’expression du projet, au même titre que les proportions ou les modénatures. À l’inverse, des solutions en aluminium, PVC ou même mixtes auraient posé plusieurs limites (contraintes de fabrication moins adaptées à la restitution des petits bois et des proportions initiales, rupture visuelle avec le projet d’origine, etc.).

Nombre d'Or

Le projet prévoyait la rénovation de 1 518 menuiseries

Quels enseignements tirez-vous de ce chantier en matière d’intervention en site occupé, notamment sur la gestion des nuisances, la communication avec les habitants et le phasage des travaux ?

Ce chantier s’est appuyé sur un savoir-faire spécifique que Lorillard Bâtiment maîtrise de longue date : l’intervention en site occupé. Nos équipes sont habituées à travailler dans ce type de configuration, où la qualité d’exécution doit aller de pair avec une organisation très rigoureuse, une communication fluide avec les occupants et une attention permanente portée à la réduction des nuisances.

Dès le lancement de l’opération, un contact individualisé a été mis en place avec chaque locataire afin de présenter le chantier, d’organiser la prise de côtes puis de planifier les interventions. Cette phase de préparation a été essentielle pour instaurer un climat de confiance et permettre à chacun d’anticiper les travaux.

Dans un second temps, les rendez-vous de pose ont été coordonnés en fonction des cadences de livraison et des équipes, avec un rappel systématique des consignes d’intervention dans les logements. Une vérification préalable sur site, réalisée par le chef de chantier, permettait en outre de s’assurer que toutes les conditions étaient réunies avant l’intervention.

L’autre grand enseignement concerne l’adaptabilité nécessaire dans un environnement particulièrement contraint. Ici, le chantier se déroulait sur une place piétonne très fréquentée, avec des accès réglementés, deux marchés hebdomadaires, des commerces et restaurants en pied d’immeuble, et sans possibilité de stockage sur site. Dans ce contexte, nous avons su déployer une logistique « juste-à-temps » ; il nous a fallu aussi renforcer les dispositifs de sécurité et appliquer un protocole d’intervention particulièrement rigoureux.

La mise en place de tunnels piétons, l’obtention d’autorisations municipales et préfectorales pour les accès, ainsi que l’utilisation quotidienne d’un monte-meubles ont permis d’assurer à la fois la sécurité des usagers, la fluidité des approvisionnements et la bonne tenue du planning.

Comment la contrainte de désamiantage sous SS4 a-t-elle influencé l’organisation du chantier et les méthodes de dépose/repose des menuiseries ?

Cette contrainte influe forcément sur l’organisation et doit faire l’objet d’un protocole d’intervention. La dépose en sous-section 4 fait pleinement partie des savoir-faire maîtrisés par nos opérateurs, tous régulièrement formés et habitués à ce type de protocole. La principale difficulté rencontrée sur ce chantier a concerné l’évacuation des déchets confinés, dans un contexte logistique particulièrement contraint. Nous avons mis en place une organisation dédiée : un monte-meubles a été utilisé pour sécuriser les flux, l’un de nos véhicules assurant chaque jour les approvisionnements en tout début de matinée puis l’évacuation des déchets en fin de journée. En complément, nous avons pris à bail un dépôt situé à proximité immédiate du chantier, accessible en semi-remorque, afin de stocker les déchets d’une semaine sur l’autre avant leur transfert vers l’usine de traitement. Une équipe a d’ailleurs été mobilisée spécifiquement sur cette mission pendant toute la durée du chantier.

Au-delà des performances en hiver, comment intégrer efficacement la question du confort d’été (occultations, apports solaires) sans dénaturer une façade patrimoniale aussi codifiée ?

La question du confort d’été était très attendue par les résidents. D’emblée, les Architectes des Bâtiments de France ont exclu la possibilité d’installer une protection solaire extérieure, précisément pour préserver l’écriture architecturale de l’ensemble. La réponse a donc été recherchée à partir des conclusions de l’étude thermique menée en amont pour le maître d’ouvrage. Celle-ci a conduit à la prescription d’un rideau intérieur technique, constitué de trois couches de matériaux distincts, capable d’améliorer sensiblement le confort thermique aussi bien en hiver qu’en été. L’idée était de proposer une solution efficace, mais visuellement sobre, compatible avec le caractère très codifié de la façade. Cette solution a été complétée par un dispositif de brassage d’air intégré au lot électricité, avec l’installation de brasseurs d’air dans les chambres et les pièces de vie.

Nombre d'Or

Vue aérienne de la résidence du Nombre d’Or à Montpellier. 

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