Briques, plaquettes, tuiles ou bardeaux, la terre cuite multiplie les usages en façade. Parement maçonné, bardage, vêture, finition d’ITE ou peau sur ossature bois, elle accompagne l’évolution des systèmes constructifs et les enjeux de décarbonation. Les projets et les recherches présentés à l’occasion de la journée « Tuile et brique, matières à façades », organisée par la FFTB, le CTMNC et 5façades, témoignent de ce renouvellement.

Les domaines d’emploi de la terre cuite se diversifient. Brique maçonnée, plaquette, bardage rapporté ou tuile détournée de la toiture trouvent leur place dans des enveloppes où structure, isolation et parement remplissent des fonctions de plus en plus distinctes. Cette évolution accompagne notamment la construction bois. La structure légère peut recevoir une peau minérale apportant matérialité et pérennité à la façade. Une complémentarité qui repose sur la mise en œuvre et l’évaluation technique. L’architecte Samuel Delmas, A+ Samuel Delmas Architectes Urbanistes, y voit un enjeu important : « Il n’y a pas une vérité avec une matière, c’est souvent, des bâtiments mixtes. » Le développement du mix bois/brique passe, selon lui, par les avis techniques permettant de sécuriser ces solutions.

L’ITE ouvre également un terrain d’expression à la terre cuite. Plaquettes et solutions rapportées associent une enveloppe isolée à une finition minérale, avec une grande liberté de formats, reliefs, couleurs et calepinages.

La décarbonation passe parallèlement par les procédés industriels, l’optimisation de la quantité de matière et le réemploi. Elle conduit aussi à raisonner à l’échelle du bâtiment et de sa durée de vie. Samuel Delmas invite ainsi à considérer « la question de l’ économie et du carbone […] à l’échelle d’un siècle au moins». La recherche ouvre de nouvelles fonctions à la façade. Dépollution de l’air, captation du CO2 ou surfaces à forte réflectance solaire et émissivité thermique destinées à limiter l’échauffement urbain font partie des pistes explorées. Les couleurs, les matérialité et les performances environnementales peuvent ainsi se conjuguer pour faire de la terre cuite un support de réponses aux îlots de chaleur urbains.


TROIS ARCHITECTES, TROIS USAGES

Résidence intergénérationnelles, et espaces partagés à Ferrières-en-Brie (77). Itar Architectures. ©11h45

Miguel Cornejo Avenier Cornejo Architectes utilise la modularité de la brique pour travailler texture, profondeur et rapport au contexte. À Paris 12e, modénatures, reliefs et briques émaillées dialoguent avec le quartier ; à Pantin, trames et moucharabiehs prolongent la mémoire industrielle du canal.

Itamar Krauss Audat Krauss Architectes et Associés montre, à Bobigny, comment la brique contribue à l’identité d’un nouveau morceau de ville. À Paris, sur une surélévation de quatre niveaux, l’association d’une ossature bois et d’une peau en brique passe par une évaluation technique spécifique. Le projet illustre les enjeux techniques à résoudre pour développer plus largement le mix bois/terre cuite.

Pierre-Louis Taillandier Taillandier Architectes Associés explore d’autres associations. À Toulouse, la brique dialogue avec l’acier Corten. À Bègles, sur un bâtiment associant structure béton et façade à ossature bois, la tuile devient bardage: des bardeaux mats et brillants pixellisent la façade en reprenant les nuances de la ripisylve de la Garonne.


LA TUILE CHANGE DE SUPPORT

38 Logements à Clichy (92). Avenier Cornejo Architectes. © Takuji Shimmura

Cécile Brisac, ex-Brisac Gonzalez, utilise aux Batignolles la brique pour unifier 144 logements, une école et des équipements sportifs, des reliefs nid-d’abeilles aux garde-corps. Le module devient ici un véritable outil de composition architecturale.

Jean-Vianney Deleersnyder, Beal & Blanckaert, illustre directement la complémentarité bois/terre cuite avec une tuile vernissée sur structure bois. Plus légère que la brique initialement envisagée, elle permet de réduire le nombre de pièces et d’accélérer la pose. Le choix du matériau agit ainsi à la fois sur l’expression architecturale, le poids de l’enveloppe et l’économie du chantier.

Oriane du Chéné, Itar Architectures, joue sur les finitions mates et vernissées pour identifier les plots d’une résidence intergénérationnelle. Boulevard Ney, brique claire, arrondis et moucharabiehs participent à l’intimité des logements.

Christine Kalus, Kalus Roussel Architectes, enveloppe un pôle petite enfance d’une « robe » de tuiles blanches qui réfléchit la lumière vers le cœur d’îlot. Un principe qui fait écho aux recherches menées sur les propriétés de surface des terres cuites et leur contribution à la maîtrise de l’échauffement urbain.

Samuel Delmas, architecte, grand témoin de la journée « Tuile et brique, matières à façades » Sur la mixité : « Il n’y a pas une vérité avec une matière, c’est presque tout le temps, des bâtiments mixtes. » Sur le carbone : « Nous, architectes, avons la capacité […] à investir au bon endroit pour la pérennité, pour le carbone et pour le bien-être. »

Photo d’ouverture : Résidence Terres Sud à Bègles (33). Taillandier Architectes associés. © Roland Halbe

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