VIDEOS. Au 12ᵉ Congrès national du bâtiment durable qui s’est tenu les 4 et 5 septembre derniers, Franck Boutté, Grand Prix de l’urbanisme 2022 et François Gemenne professeur à HEC et spécialiste reconnu des questions climatiques ont rappelé que la transition écologique se joue autant dans le neuf que dans l’existant, avec la rénovation comme levier pour réduire le carbone et améliorer le confort pour tous.
Au 12ᵉ Congrès national du bâtiment durable, la transition écologique a occupé le devant de la scène. Sur le plateau de Bâti Journal TV, deux experts de premier plan ont livré leur analyse : Franck Boutté, Grand Prix de l’urbanisme 2022, et François Gemenne, professeur à HEC et spécialiste reconnu des questions climatiques. Ensemble, ils ont insisté sur l’urgence d’adapter nos villes et nos bâtiments aux changements en cours, tout en faisant de la rénovation un levier central pour réduire l’impact carbone et renforcer la justice sociale.
Ces textes offrent un aperçu des interviews de Franck Boutté et François Gemenne. Cliquez sur les vidéos pour les découvrir dans leur intégralité.
Franck Boutté : « L’adaptation doit devenir une politique nationale »
« Pendant longtemps, nous avons tout concentré sur le neuf et sur l’énergie, explique Franck Boutté. Puis la question du carbone est devenue centrale il y a environ sept ans. » Un tournant décisif s’est produit en 2022, avec les canicules, les mégafeux et la crise énergétique : « C’est l’année de la bascule. Nous avons pris conscience que nos villes et nos bâtiments ne sont pas adaptés à ce qui deviendra la normalité de demain. »
L’adaptation devient ainsi une priorité. Elle se distingue de l’atténuation, qui vise à réduire les émissions : « Décarboner, c’est agir pour la planète entière avec des effets différés. Adapter, c’est répondre tout de suite à des vulnérabilités locales, avec des bénéfices visibles. Planter un arbre, désimperméabiliser une rue : on en ressent immédiatement les effets. »
Pour y parvenir, il est urgent, selon lui, de « passer du neuf à l’existant » : réhabiliter, réinvestir les sols déjà urbanisés, valoriser le patrimoine construit. « Le neuf ne représente que 0,85 % du renouvellement urbain chaque année. Avec une faible démographie et un parc bâti ancien, l’évidence est de travailler avec le déjà-là. »
Sachant que l’adaptation passe surtout par les espaces ouverts, publics et privés. « Ils sont le parent pauvre de la transition, alors qu’ils conditionnent l’habitabilité des villes. Réduire les îlots de chaleur, désimperméabiliser, planter : cela permet de diminuer la pression sur les bâtiments et d’améliorer le confort pour tous. »
Un chantier colossal, mais aux effets immédiats, insiste Franck Boutté : « C’est un projet politique. Les élus locaux s’en emparent, mais il faut aussi que l’adaptation devienne une politique nationale, portée comme un projet social, économique et d’équité, sans pour autant oublier l’atténuation. »
François Gemenne : « La rénovation est le cœur de la transition »
Pour François Gemenne, le concept d’« habitabilité » reste trop abstrait pour beaucoup : « L’habitabilité, c’est simplement notre capacité à habiter la Terre. Mais pour les gens, cela passe très concrètement par leur logement, leur bureau, leur lieu de vie. En ce sens, le bâtiment incarne ce que veut dire habiter la planète. » Or, ce parc immobilier est directement exposé aux impacts climatiques : inondations, fissures dues aux sécheresses, mais surtout canicules. Et : « Ce sont les plus vulnérables qui vivent dans des logements mal isolés et qui souffrent le plus de la chaleur. »
Pour lui, si la construction neuve doit être pensée différemment, l’essentiel se joue ailleurs : « Notre plus gros problème, c’est la rénovation. Elle avance beaucoup trop lentement depuis 30 ans. » Les raisons sont multiples : complexité administrative, manque de main-d’œuvre qualifiée, démarchage abusif qui ternit l’image de la rénovation. Mais surtout, « l’éléphant dans la pièce, c’est le financement. On compte trop sur l’argent public alors que les finances de l’État sont exsangues. »
Pour sortir de cette impasse, François Gemenne avance deux propositions :
- Transformer les crédits à la rénovation en crédits d’infrastructure. « Aujourd’hui, les crédits sont attachés à la personne. Il faudrait les lier au bâtiment, afin qu’ils puissent être remboursés sur 20 ou 30 ans, même lors d’une revente ou d’un héritage. »
- Moduler les droits de succession. « On pourrait inciter les propriétaires à engager des travaux avant de léguer leurs biens. Le montant de la rénovation serait déduit des droits de succession, ce qui aiderait aussi les générations qui peinent à accéder à la propriété. »
Son message au congrès a donc été très clair : « Le bâtiment est le secteur où l’on peut le plus facilement réussir la transition. C’est là qu’on peut réconcilier objectifs environnementaux et sociaux. Avec la rénovation, on fait véritablement d’une pierre deux coups. »




