À Saint-Georges-de-Didonne, en Charente-Maritime, une fouille menée par l’Inrap en amont d’un projet de logements sociaux met au jour les vestiges d’un important pôle seigneurial médiéval. Sur près de 6 500 m², les archéologues étudient les douves monumentales du château de Didonne et les traces du village qui s’était développé à ses abords. Une découverte qui permet de restituer l’organisation d’un site stratégique aujourd’hui entièrement disparu du paysage.

Du château de Didonne, il ne reste aujourd’hui aucune élévation. Seuls le toponyme « Le Châta » et les traces de ses fossés rappelaient encore l’existence de cette forteresse attestée par les textes dès le XIe siècle. La fouille actuellement menée par l’Inrap à Saint-Georges-de-Didonne apporte désormais des éléments matériels permettant de mieux comprendre son organisation et son importance. Réalisée sur une emprise de 6 475 m², elle complète un diagnostic archéologique effectué en 2012.

Une forteresse à l’entrée de l’estuaire

Le choix d’implantation du château témoigne de sa fonction stratégique. La forteresse occupait la pente d’un coteau calcaire dominant la vallée marécageuse du Riveau, ruisseau aujourd’hui canalisé. Au-delà s’étend le cordon dunaire bordant le littoral atlantique, à proximité immédiate de l’estuaire de la Gironde. Cette situation permettait de contrôler à la fois l’estuaire, l’accès au littoral et les voies de circulation. Les sources historiques témoignent notamment du rôle du château pendant la guerre de Cent Ans, conflit qui contribue progressivement à son déclin puis à sa disparition.

Deux douves monumentales autour du château

La principale découverte concerne le système défensif du castrum. Les archéologues ont identifié deux douves concentriques dont les dimensions témoignent de l’ampleur de la fortification. Située au pied du château, la douve interne atteint près de 15 m de largeur pour au moins 6,50 m de profondeur par rapport au pied supposé de la courtine. Son escarpe est renforcée par un imposant talus enroché d’au moins 10 m de largeur. Maintenu par un enrochement disposé en escalier sur une hauteur minimale de 5 m, celui-ci est ensuite recouvert de marne puis d’un niveau végétalisé. Les matériaux constituant son noyau pourraient provenir du creusement même du fossé. Cet aménagement, réalisé au plus tard au XIIe siècle, donne une idée de l’investissement nécessaire à la défense de la place seigneuriale. Une bande de terrain d’environ 10 m sépare cette première douve d’un second fossé. Également large de 15 m, la douve externe est moins profonde, avec environ 2,70 m. Toutes deux se déversaient dans la vallée humide du Riveau. Les recherches doivent encore déterminer si les deux ouvrages ont été réalisés simultanément ou si la douve extérieure correspond à un renforcement ultérieur du système défensif.

Un village aux portes du castrum

La fouille ne renseigne pas uniquement sur l’architecture militaire. Autour de la forteresse, les archéologues retrouvent également les traces du village médiéval qui s’était développé sur la pente du coteau et sur le plateau. De nombreux silos témoignent du stockage des récoltes, tandis que des trous de poteau signalent l’existence de constructions en bois. Un réseau de fossés organisait l’espace et au moins deux puits ont également été repérés. Certaines observations permettent d’établir une relation chronologique entre ces occupations domestiques et le développement du château. Le creusement de la douve interne et la construction de son talus ont ainsi recouvert des structures antérieures. Une partie de la butte de Didonne était par ailleurs occupée dès la période carolingienne.

Retracer un paysage médiéval disparu

Ces différentes phases dessinent un continuum d’occupation et permettent de restituer progressivement un ensemble où s’articulaient pouvoir seigneurial, défense et habitat. Si les élévations du château ont entièrement disparu, l’archéologie révèle ainsi l’empreinte laissée dans le sous-sol par une forteresse qui occupait une position majeure à l’entrée de l’estuaire de la Gironde. L’étude des douves et du village qui l’entourait devrait permettre de préciser l’évolution de ce pôle d’habitat et de pouvoir au cours du Moyen Âge. Le chantier archéologique sera exceptionnellement ouvert au public les samedi 29 et dimanche 30 août 2026, offrant l’occasion de découvrir les vestiges avant la poursuite de l’aménagement du site.

Photo : Vue générale du talus encoche. Le château était situé sur le haut du coteau ©Inrap

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