Dans un quartier lyonnais en renouvellement urbain le nouveau Centre Administratif d’État dessine une nouvelle urbanité. Autour dune allée de platanes centenaires préservée, Snøhetta Studio Paris et Z Architecture signent un bâtiment sobre, modulable, performant et répondent au triptyque: héritage architectural, innovation constructive et ambition environnementale. Un article à retrouver dans 5Façades

A la Part-Dieu, quartier lyonnais marqué par sa densité, sa verticalité et sa minéralité, la nature est quasiment absente. Sauf… sur la dernière grande parcelle disponible où s’érige aujourd’hui le Nouveau Centre Administratif d’État, un équipement de 19 132 m² livré en 2024. Ici, l’allée de platanes centenaires qui traversait le site a été conservée par les architectes – Snøhetta Studio Paris et Z Architecture – qui l’ont conçu. Plus que ça d’ailleurs, cette mini coulée verte est au cœur de leur démarche. « Le choix de conserver les arbres a été central dans notre projet. Ces derniers vestiges d’une ancienne caserne ont structuré l’ensemble de la conception. Transformer une contrainte en opportunité, tel a été notre parti pris », explique William Vassal, architecte fondateur de Z Architecture.

Ainsi, autour de ce jardin central, les architectes ont déployé un bâtiment en U, fragmentant ses 19 000 m² de bureaux en plusieurs volumes. Cette implantation permet de multiplier les façades, d’apporter lumière naturelle et transparences, et d’offrir des espaces extérieurs accessibles. « Dans un environnement dominé par le béton et la minéralité, la respiration qu’offre le cœur paysager dessine une oasis urbaine bienvenue. » La sobriété des lignes et la répétition des trames du bâtiment renvoient elles directement à l’identité architecturale de la Part-Dieu.

Les platanes centenaires conservés structurent l’organisation en U et créent un filtre naturel, jouant un rôle bioclimatique essentiel.

La trame comme fil conducteur

En effet, le quartier d’affaires, le deuxième en France après La Défense, avec son héritage des années 1970, est marqué par la répétition des trames et une palette chromatique minérale allant du gris au sable. Les architectes ont choisi de prolonger ce vocabulaire en lui donnant une dimension contemporaine. « Nous avons travaillé avec la trame comme fil conducteur, héritée de l’identité du quartier, mais en lui donnant une épaisseur constructive et une matérialité actuelle », résume William Vassal.

Mais les architectes sont allés plus loin que simple réinterprétation, ils ont fait de cette trame un outil de préfabrication et d’assemblage. En effet, derrière la régularité de la trame se cachent des modules d’une grande technicité. Ainsi, la façade n’est pas un simple habillage, mais un système complet, pensé pour répondre aux problématiques d’efficacité constructive, de performance environnementale et bien sûr de design et de cohérence architecturale. Qui plus est, l’enveloppe protectrice a été conçue comme un système capable de s’adapter aux contraintes d’exposition et d’usage des différentes parties de l’ouvrage.

Les façades extérieures adoptent un système modulaire préfabriqué à ossature bois, rythmé par des montants obliques colorés et des variations de vitrages selon l’orientation.

FOB à tout les étages

Au plan technique, cela se traduit par un système hybride : un squelette en béton bas carbone, poteaux-poutres, garantissant inertie et acoustique, associé à des façades légères en ossature bois préfabriquées hors site (FOB). Ce choix permet de répondre à une double exigence : robustesse structurelle et réduction de l’empreinte carbone. Les façades, fabriquées par Techniwood, sont des modules complets – isolation thermique intégrée, menuiseries posées, parements extérieurs déjà assemblés – livrés sur chantier prêts à installer.

Cette option technique a également facilité le déroulement du chantier en plein cœur de Lyon. Les difficultés de stockage, la promiscuité avec d’autres opérations en cours et l’impossibilité d’un montage traditionnel l’ont quasi imposée. « La préfabrication bois nous a permis de travailler en temps masqué et de livrer une enveloppe précise et homogène. C’était la seule réponse pour réduire les nuisances et garantir la qualité d’exécution », explique William Vassal. L’absence d’échafaudages, la rapidité de mise en œuvre et la sécurité accrue pour les compagnons sont venus compléter ces avantages. « La façade bois préfabriquée était autant une réponse environnementale qu’un choix pragmatique, insiste William Vassal. Elle nous a permis d’allier performance thermique, maîtrise des délais et qualité d’exécution. »

Chaque panneau de façade bois, livré complet avec isolation et menuiseries, est directement fixé à la structure béton, garantissant précision d’exécution et chantier à faible nuisance.

Deux familles de façades

Si l’ossature et le procédé constructif sont communs, le dessin des façades varie selon les expositions. En périphérie, soumises aux apports solaires directs et aux contraintes de sécurité, elles reposent sur quatre modules types. Chacun reprend une trame extérieure fixe mais introduit un montant oblique coloré dont l’angle évolue, créant un effet cinétique. La surface vitrée est modulée selon l’orientation : réduite au sud pour limiter les surchauffes estivales, plus généreuse ailleurs pour favoriser l’apport de lumière naturelle.

Autour du cœur végétal, le traitement se fait plus sobre. Les modénatures verticales et horizontales s’affinent progressivement, jusqu’à disparaître sur la façade passerelle, épurée et lisse. « Cette gradation exprime le rapport particulier entre l’architecture et les platanes centenaires conservés, dont l’ombre et la densité de feuillage assurent un rôle bioclimatique en régulant lumière et chaleur », expliquent les architectes.

En retrait du centre commercial, la passerelle relie les deux ailes principales et s’ouvre sur une grande terrasse sud, espace de convivialité et de respiration.

La sobriété revendiquée du bâtiment n’exclut pas la subtilité. Le jeu discret des obliques, la variation des largeurs vitrées, l’alternance des modénatures produisent un rythme qui anime l’ensemble sans rompre son homogénéité. « La répétition devient ainsi le support d’une variation maîtrisée, garantissant à la fois efficacité et identité » se félicite William Vassal.

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