L’opération Cours Bocto, programme de 18 maisons individuelles à Couëron (44). Maître d’ouvrage : Habitat 44 ; architecte : Leost Architecte (44) ; entreprise bois : Leduc (44). Photo : Leduc

Selon Loïc de Saint-­Quentin, secrétaire général d’Afcobois, un rapide historique s’impose : « Le renouveau de la construction en bois en France a bénéficié d’un soutien des pouvoirs publics entre 1982 et 1986, visant à promouvoir le bois dans l’habitat social. Quelque 11 500 logements ont alors été réalisés en seulement trois ans, financés en prêts locatifs aidés – pour l’essentiel de l’habitat individuel ou individuel groupé. Dès cette époque, un certain nombre d’entreprises de la construction en bois se sont structurées pour répondre à ces appels d’offres, parmi lesquelles quelques-unes sont devenues des acteurs importants du marché. Il en va de même pour les bailleurs : certains sont des acteurs historiques du développement de l’habitat social en bois en France. »

 

Acteurs historiques

Entreprise historique de ce marché, Cuiller Frères livre chaque année environ 240 logements. « Depuis 1981, nous construisons en ossature bois, et depuis cette date nous réalisons des logements sociaux, annonce ­Romain ­Cuiller, gérant de la société rouennaise. Nous répondons aux appels d’offres de la région Nord-Ouest, soit environ 200 kilomètres autour de Rouen. Nous avons développé notre savoir-­faire aussi bien dans l’habitat individuel que dans le petit collectif et jusqu’au collectif R+3. Depuis dix ans, notre ligne de préfabrication ossature bois est automatisée et mécanisée, ce qui est une garantie supplémentaire de la qualité de notre travail. » La stabilité financière de l’entreprise (6,7 millions d’euros hors taxes de chiffre d’affaires en fourniture, soit fabrication et pose, au dernier exercice clos), ses expériences et l’expertise qu’affirme son BET intégré sont autant d’atouts qui rassurent les maîtres d’ouvrage. Si pendant longtemps Cuiller Frères a répondu à des appels d’offres non spécifiques, ­Romain ­Cuiller confirme que les temps changent et que désormais ces marchés spécifient dès l’origine qu’ils souhaitent bâtir en bois.

Programme de deux barres d’immeuble (18 et 13 logements) en R+2 à Pont-Audemer (27). Maître d’ouvrage : Eure Habitat (27) ; entreprise bois : Cuiller Frères (76). Photo : Cuiller Frères

 

Bailleurs volontaires
Certains bailleurs sociaux sont depuis longtemps convaincus de la pertinence de construire en bois. Vitry Habitat (51), dont les premiers projets de construction en bois remontent à plus de vingt-­cinq ans, en est un bon exemple, tout comme Le Toit Vosgien (88), dont le directeur, Jean-­Marc ­Gremmel, précise : « Nous construisons en bois depuis trente ans, et notre premier collectif bois, un immeuble de trois étages qui compte 20 logements, a été livré en 2000. Il s’agissait d’un immeuble en structure poteaux-poutres, avec plancher bois/béton collaborant, et murs à ossature bois isolés en laine de verre. À l’époque, les locataires étaient ravis puisque les charges de chauffage étaient d’environ 200 € annuels par appartement. Nous venons de refaire des tests : ce bâtiment est aux normes RT 2012 en énergie finale, et sur le plan acoustique, nous sommes 12 dB en dessous des exigences actuelles. » Comme son nom l’indique, Le Toit Vosgien est situé dans les Vosges, région boisée s’il en est… « Nous construisons en bois parce que c’est une culture locale, et qu’autour de nous se trouvent d’excellentes entreprises du bois. C’est un point d’importance : nous collaborons au maximum avec des sociétés locales », insiste Jean-­Marc ­Gremmel. S’il est de bon sens de faire appel aux ressources et savoir-­faire de proximité, un second point, d’ordre économique et pragmatique, joue également en faveur du bois. « C’est un matériau écologique et d’un très bon confort thermique : on diminue ainsi les charges locatives, ce qui est un facteur important pour la solvabilité des occupants. » Un point essentiel dans la problématique du logement social.

Affirmer la trilogie coûts/délais/performance

Au cours d’une étude qualitative menée auprès des principaux bailleurs sociaux des Pays de la Loire en 2009, Atlanbois a cherché à cerner les attentes et perceptions de ces maîtres d’ouvrage vis-­à‑vis du bois dans la construction. « Cela nous a permis de comprendre que le positionnement stratégique du bois était en décalage avec les besoins de ce marché. Jusqu’à présent en France, la construction en bois était plutôt orientée vers les particuliers, une clientèle pour laquelle les arguments affectifs – tels que la beauté du matériau, le stockage du CO2, etc. – occupent une place importante. Or les bailleurs sociaux ont besoin d’être rassurés quant à la capacité constructive des systèmes, résume ­Maxime ­Baudrand, référent bois construction
d’Atlanbois. Ils attendent des solutions qui répondent aux contraintes financières et réglementaires ; la bonne approche est celle du système constructif qui offre une réponse technico-économique. Dans une perspective coût/délai/performance, la question du matériau devient finalement secondaire. » Valoriser la performance énergétique et la relative facilité de la construction en bois à satisfaire aux exigences de la RT 2012, mettre en avant la filière sèche et les économies de chantier qu’elle induit, pointer la préfabrication et l’industrialisation pour la sécurité qualitative qu’elles sous-entendent… : les atouts sont nombreux, et les freins culturels tendent à disparaître.

Relever le défi
Reste que pour répondre à des marchés de plusieurs millions d’euros, les entreprises doivent pouvoir affirmer leur stabilité financière et leur fiabilité de production. Une vingtaine d’entreprises sont à ce jour structurées pour répondre à des problématiques d’envergure R+3. Elles sont soit actrices de ce marché depuis plusieurs années (Socopa, Mathis, ICB, Cuiller…), soit ont investi plus récemment dans un outil semi-industriel pour pouvoir offrir une réponse de qualité (Leduc Structure Bois, Millet Charpente…), voire s’unissent en groupement solidaire pour mutualiser les outils de production et atteindre des marchés plus importants (c’est le cas d’Axe 303 qui réunit Leduc Structure Bois, Le Duramen, You, Guérin Brémaud, ACB et Loiseau Menuiseries). Le marché de la construction sociale en bois est promis à un avenir brillant, preuve en est : les majors de la construction – Bouygues, Eiffage et Vinci – se positionnent d’ores et déjà sur ce segment de marché.

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Collectif neuf – Les Héliades : la pionnière

Livrée en mars 2010, la résidence Les Héliades fait figure d’exemple précurseur dans le paysage français. Plus haut bâtiment collectif 100 % bois de l’Hexagone (un immeuble en R+4 et un autre en R+3), le programme compte 30 logements, du T2 au T4. Dès l’origine du projet, le bailleur maître d’ouvrage – le Toit Vosgien – souhaitait accorder la part belle aux énergies renouvelables, construire un collectif tout bois et faire des Héliades un bâtiment à énergie positive.
Pari réussi puisque, non contente de répondre aux exigences des normes passives (moins de 15 kWh/m²/an d’énergie primaire) par la qualité de sa conception et de sa mise en œuvre, la résidence bascule du côté positif grâce à la production d’électricité photovoltaïque par 1 000 m² de panneaux intégrés aux toitures des deux ensembles.
Sur une dalle et un sous-­sol maçonnés s’élèvent les étages bois en KLH. L’isolation (en laine minérale) et l’étanchéité ont été renforcées, les menuiseries triple vitrages limitent les déperditions de chaleur et, côté sud, des loggias abritées offrent à chaque appartement un espace extérieur tout en maîtrisant les apports solaires passifs.
Une attention particulière a été portée aux performances acoustiques. Pour pallier cette faiblesse du « tout bois », les concepteurs ont appliqué le concept de boîte dans la boîte, travaillant aussi bien à limiter les bruits d’impacts – grâce à une structure de plancher bois KLH + chape flottante + faux plafond – que les bruits aériens (doubles murs et contre-­cloisons).
La double performance de cette réalisation est d’avoir su concrétiser un projet très performant sur les plans énergétique et écologique, tout en respectant un budget relativement serré : 1 840 €/m² (TVA à 5,5 %). Cerise sur le gâteau, les charges locatives sont estimées à 20 €/m²/an.
Les locataires sont ravis.

Maîtrise d’ouvrage : Le Toit Vosgien
Maîtrise d’œuvre : François Lausecker architecte, Act’Bois BET structure bois, Gest’énergie BET fluides et solaire
Entreprise bois : Socopa

Atelier provisoire

Individuel et semi-individuel – Sylvania : l’innovation modulaire

Sylvania est le nom de code de l’opération de recherche et développement lancée depuis 2009 par Aquitanis, l’OPH de la communauté urbaine de Bordeaux. À l’origine de la réflexion, la volonté de trouver un mode d’industrialisation qui permette de bâtir en maîtrisant les coûts (1 100 à 1 300 €/m²) et d’offrir performance énergétique et qualité d’usage pour les occupants, tout en privilégiant la qualité architecturale des programmes.
En s’appuyant sur les acquis du projet pilote Rosa Parks (qui amorçait cette démarche de logements modulaires à ossature bois, cf. Wood Surfer no 59), l’OPH a chargé les architectes du collectif bordelais Atelier Provisoire de proposer des modules de logement Habitat et Environnement profil A, option BBC Effinergie, qui pourraient être assemblés de presque toutes les façons, s’adaptant à tous les contextes de sites ainsi qu’à toutes les typologies d’habitat du T2 au T5, en habitat individuel ou semi-­individuel (R+2 maximum). Aquitanis a signé un marché de quatre ans avec la société Egeris, industriel girondin spécialiste de la construction à ossature bois, désormais chargée de la fabrication des modules en pin des Landes. Actuellement, le vocabulaire architectural et constructif que constitue Sylvania est utilisé par cinq équipes d’architectes qui travaillent sur des sites différents et sont en phase d’esquisse (programmes allant de 10 à 27 logements, soit plus d’une centaine de logements au total).
Egeris a mis au point une plateforme Web innovante qui permet aux architectes désignés pour chaque projet d’accéder à l’intégralité des 500 composants du système et de s’adapter aux besoins de l’opération. Cette plateforme assure le partage d’informations et l’amélioration continue de la démarche en tirant profit des retours d’expérience. Rapidement, Aquitanis souhaite construire au moins 20 % des 850 logements réalisés chaque année en appliquant le procédé Sylvania.

Maîtrise d’ouvrage : Aquitanis (33)
Architecte concepteur : agence Atelier Provisoire – Aline Rodrigues-Lefort
et Vincent Paredes (33)
Entreprise bois : Egeris construction (33)