Le projet de remise en état de cet imposant édifice comportait plusieurs phases : restauration des grandes portes d’entrée en bois ainsi que des balustrades, vernissage des ouvrages en fer forgé, réfection et imperméabiliation des toitures, restauration et parfois restitution à l’identique de pièces de mobilier, et ravalement des façades.

Un palais chargé d’histoire
Le palais ­Borghèse – qu’il ne faut pas confondre avec la villa ­Borghèse – a été construit pour le cardinal ­Camillo ­Borghese au début du XVIIe siècle. Ses dimensions imposantes en firent, à l’époque, le plus imposant des palais de la ville. Le portique de la cour intérieure, soutenu par 96 colonnes de granit, est remarquable. La façade, elle, est plus austère, quoique décorée de reliefs au-dessus de la porte principale. On doit la forme si particulière du bâtiment à deux ordres de loggias superposés, qui l’ont fait surnommer « le clavecin » (Il cembalo), à ­Martino ­Longhi. Les ­Longhi sont une longue lignée d’architectes s’étalant sur trois générations, qui commence avec ­Martino ­Longhi l’Ancien (1534-1591),originaire de Viggiu mais qui travailla à Rome, et à qui l’on doit notamment l’église de San Girolamo degli Schiavoni, bâtie sur ordre du pape Sixte V, se poursuit avec ­Onorio ­Longhi (1568-1619) et s’achève avec ­Martino ­Longhi le Jeune (1602-1660).
Les premiers travaux en façade
En façade, les enduits anciens étaient très dégradés. Les travaux ont commencé par leur élimination, suivie d’un lavage à l’eau sous haute pression des surfaces à traiter. Puis, les murs ont fait l’objet d’une première application d’une couche de mortier à base de chaux hydrauliques naturelles Rabot (NHL 5 CE) de Socli. Ces produits permettent la réalisation de mortiers traditionnels, particulièrement appréciés des restaurateurs du bâti ancien. La prise hydraulique, puis aérienne, prolongée dans le temps, évite le faïençage et les fissurations. Plusieurs couches successives de mortier ont ensuite été appliquées sur le palais Borghese. Rappelons que Socli est la filiale française chaux de Ciments Calcia, du groupe Italcementi. En 2008, l’entreprise – qui compte six sites en France, implantés au centre des régions Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Aquitaine – a produit 292000t de chaux.

Finitions et colorations
Après les applications d’enduit, il a été réalisé plusieurs couches de San Tommaso de Socli, une formulation à base de chaux grasse, caséine naturelle, carbonates, mica, bentonite, vinaigre, blanc d’œuf, glycérine, poudre de marbre, entre autres ingrédients, permettant une bonne accroche des finitions. Cette finition, justement, est ici mise en œuvre avec la Velatura, une peinture à l’eau très diluée ne gênant pas les échanges gazeux dans les murs. Dans cet autre produit de la gamme Socli, on trouve de l’eau de chaux, du lait, du blanc d’oeuf, du vinaigre, des huiles essentielles, un bactéricide exempt de formaldéhyde. Enfin, la façade a reçu une couche finale de protection. Quant à la réfection des plinthes humides à la base des murs, elles a été effectuée en utilisant des mortiers de chaux, qui favorisent la régulation de l’hygrométrie et contribuent à la réduction des remontées des sels.

Les acteurs du chantier
Maîtrise d’ouvrage : Ville de Rome
Maîtrise d’œuvre : Mario et Fabio Baldini, architectes
Entreprise de restauration :
TechnoArc
Coordination du chantier :
Renzo Biagioni, géomètre
Chef de chantier : Elio del Giudice, ingénieur
Matériaux de restauration de la façade :
Socli (Italcementi Group)

La puissante famille Borghèse
La famille ­Borghèse, qui orna Rome d’édifices remarquables renfermant des collections extraordinaires, est originaire de Sienne. Les animaux héraldiques qu’elle avait choisis pour son blason et la décoration du palais, l’aigle et le dragon, en disent long sur son attrait affirmé du pouvoir, et, effectivement, sa réussite sociale, politique et financière fut considérable. Les ­Borghese furent au fil des siècles de grands mécènes : par exemple, le célèbre David au visage tendu et tourmenté fut commandé à Gian ­Lorenzo ­Bernini, en 1623, par le cardinal ­Scipione ­Borghese, collectionneur passionné jusqu’à l’obsession, neveu de ­Camillo ­Borghese devenu pape en 1605 sous le nom de Paul V. Le sculpteur, dont le nom allait marquer l’histoire de l’art, avait alors vingt-cinq ans.