Au cœur du secteur sauvegardé du Marais, à Paris, la réhabilitation de l’ensemble immobilier de la rue Pavée illustre une approche de la restauration qui dépasse la simple conservation des bâtiments. Livré fin 2025, le projet mené par MARS Architectes avec Lagneau Architecte, spécialiste du patrimoine, s’attache à révéler les différentes strates historiques d’un site occupé sans interruption depuis plusieurs siècles. Une intervention qui interroge la manière de préserver un patrimoine urbain en constante évolution.
À quelques mètres de la synagogue de la rue Pavée conçue par Hector Guimard, l’ensemble immobilier réhabilité occupe une place singulière dans l’histoire du Marais. Derrière une façade discrète se succèdent cours, caves, hôtels particuliers, bâtiments industriels et passages qui témoignent des multiples transformations qu’a connues ce quartier parisien. Plus qu’un ensemble bâti, le site constitue un véritable condensé de l’histoire urbaine du Marais.
Lire le patrimoine dans ses transformations
L’un des principaux intérêts du projet réside dans le regard porté sur le patrimoine. Plutôt que de rechercher un état de référence auquel il conviendrait de revenir, les architectes considèrent que la richesse du lieu réside précisément dans l’accumulation de ses transformations. Les vestiges de l’ancien Hôtel de Lorraine, puis des hôtels particuliers de Savoisy, Desmarets et d’Herbouville, côtoient les constructions artisanales et industrielles apparues au XIXᵉ siècle, lorsque les anciennes demeures aristocratiques furent progressivement converties en ateliers, entrepôts et locaux d’activités. Cette succession d’usages a laissé des traces toujours visibles : caves médiévales, murs de refend, charpentes anciennes, structures métalliques, verrières ou encore distributions irrégulières composent aujourd’hui un patrimoine complexe, dont chaque époque a enrichi la lecture.
Une intervention dans le respect du secteur sauvegardé
Le projet s’inscrit dans le périmètre du secteur sauvegardé créé en 1964 au titre de la loi Malraux, qui a profondément renouvelé la manière d’aborder la conservation des centres historiques. Dans ce contexte, l’intervention ne se limite pas aux bâtiments remarquables. Elle prend en compte l’ensemble du tissu urbain : les cours, les passages, les profondeurs d’îlot, les relations entre les constructions et les espaces ouverts. Cette approche rejoint les réflexions de l’urbaniste italien Gustavo Giovannoni, pour qui la valeur patrimoniale réside autant dans les relations entre les édifices que dans les monuments eux-mêmes. Les démolitions ponctuelles opérées sur le site ne répondent ainsi pas à une logique de simplification, mais visent à retrouver des continuités spatiales, à faire entrer la lumière et à rendre plus lisible l’organisation historique de l’ensemble.
Préserver les traces des différentes époques
Loin d’effacer les ajouts successifs, les architectes ont choisi de conserver les éléments représentatifs de chaque période de l’histoire du site. Les bâtiments industriels édifiés à la fin du XIXᵉ siècle par les établissements Darrasse trouvent ainsi leur place aux côtés des hôtels particuliers des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Les interventions contemporaines viennent compléter cette histoire sans chercher à imiter les constructions anciennes. Cette posture assume pleinement que le patrimoine est un organisme vivant, dont la valeur réside dans sa capacité à évoluer tout en conservant la mémoire de ses différentes occupations.
Un patrimoine vivant au cœur du Marais
Le projet rappelle également que le patrimoine ne se limite pas à la pierre. Situé dans le Pletzl, quartier historique de la communauté juive parisienne, le site a longtemps accueilli l’école privée Yad Mordekhaï, prolongeant une histoire sociale et culturelle profondément ancrée dans le Marais depuis le XIXᵉ siècle. Cette dimension immatérielle participe pleinement de l’identité du lieu. Elle explique que la réhabilitation ne se limite pas à préserver des bâtiments, mais cherche également à maintenir la vocation urbaine d’un îlot qui a constamment su accueillir de nouveaux usages sans perdre son identité.
Restaurer sans figer
Avec cette opération, MARS Architectes propose une vision contemporaine de la restauration patrimoniale. Le projet ne cherche ni à reconstruire un passé idéalisé, ni à imposer une architecture spectaculaire. Il accompagne l’évolution naturelle d’un morceau de ville dont chaque époque a laissé son empreinte. Dans un quartier où les interventions sont particulièrement sensibles, la réhabilitation de la rue Pavée rappelle que préserver le patrimoine consiste aussi à accepter ses transformations, à condition qu’elles respectent l’histoire du lieu et permettent sa transmission aux générations futures.
Photos ©Maris Mezulis ©MARS Architecture






