après, côté rue ©Coat-ing

Avec la livraison de son premier démonstrateur à Pont-à-Vendin (62), la start-up Coat-ing valide sa solution dITE légère. Bas carbone, traitant simultanément façades et menuiseries, le système repose sur une combinaison réduite de matériaux et introduit une approche radicalement différente de la rénovation thermique. Particularité du projet pont-à-vendinois, la façade est aussi support d’une œuvre de lartiste Alexandra Prajer.

Pauline Bellec, co-fondatrice de Coat-ing avec Robert-Jan Van Santen, CEO du BE façades VS_A, revient sur les enseignements de ce premier chantier grandeur nature. Propos recueilli par Stéphane Miget

Vous venez de livrer votre premier démonstrateur à Pont-à-Vendin (62). Que valide ce chantier ?
Ce chantier valide d’abord que le procédé que nous avons développé, coat-ing, fonctionne en conditions réelles et en site occupé. On parle d’une maison individuelle d’environ 60 m² de façade, avec parties opaques et vitrées traitées simultanément, des menuiseries conservées et d’autres remplacées. Toutes les problématiques imprévues ont trouvé une résolution. Cela confirme que le procédé est viable, et n’est pas seulement un concept. C’était une expérience hors norme, aussi éprouvante qu’exaltante. On a découvert en même temps les réalités du chantier et les subtilités techniques du système.

Votre solution repose sur trois matériaux seulement. Pourquoi ce choix ?
Parce que la complexité actuelle des systèmes d’ITE est un frein. Nous avons volontairement réduit à l’essentiel : une toile de façade microperforée précontrainte, des profilés aluminium et un isolant biosourcé en vrac, du liège expansé. Ce choix permet de simplifier la mise en œuvre, d’alléger le système et de limiter les contraintes sur l’existant. On n’est plus dans une accumulation de couches, mais dans une logique plus directe, plus lisible.

pose de cadres ©Coat-ing

Quel changement de regard cherchez-vous à provoquer ?
Les systèmes d’ITE n’ont jamais évolué de manière profonde. Ils suivent tous les mêmes principes et se heurtent aux mêmes limites. On leur demande pourtant d’être performants, bas carbone, adaptables, légers et économiques. Avec notre procédé, nous nous sommes affranchis de ce qui existe. Le bardage est posé avant l’isolant, la menuiserie est intégrée au process, et l’isolant en vrac permet de lever de nombreuses contraintes. C’est un changement de paradigme. On ne cherche pas à améliorer un système existant, mais à le repenser.

Insuflation du liege ©Coat-ing

La réversibilité est au cœur de votre approche. Quapporte-t-elle concrètement ?
Elle a été testée lors de la dépose d’un prototype : aucune dégradation de la façade existante. Le liège a été entièrement réutilisé. C’est fondamental. Le liège est biosourcé, imputrescible, il ne se dégrade pas. On peut le réutiliser d’un chantier à l’autre. Cela ouvre une logique circulaire très concrète. Cela permet aussi d’imaginer d’autres usages, comme l’urbanisme transitoire : rénover à faible coût des bâtiments pour une durée limitée, tout en capitalisant la matière.

Votre système associe préfabrication et adaptation in situ. Comment cela se traduit-il ?
Le hors-site est une bonne idée, mais en rénovation, l’existant pose problème : les tolérances ne sont pas celles du neuf. Ce que montre le démonstrateur, c’est que la souplesse du système absorbe ces écarts. La préfabrication des cadres impose de la précision, mais l’installation ne demande pas de travailler au millimètre. La complémentarité entre hors-site et in situ est très efficace. Elle permet d’accélérer la pose, notamment des menuiseries, qui deviennent partie intégrante de la structure. Cela change aussi les interactions entre entreprises.

Quel rôle a joué lentreprise Cabre dans cette phase de démonstration ?
Cabre est présente depuis les premières réflexions. Ce n’est pas un partenaire classique. Elle a participé à la conception, au prototypage, à la formation, puis à la mise en œuvre. Le chantier a permis d’appréhender des problématiques techniques qu’on n’avait pas forcément anticipées. Mais surtout, il a confirmé que le système est viable sur le terrain. Ce type de collaboration entre concepteurs et poseurs est essentiel.

La façade est aussi, dans le cas présent, un support dune œuvre artistique. Pourquoi cette dimension ?
La rénovation énergétique est souvent perçue comme neutre, voire subie. Nous pensons qu’elle peut devenir un acte architectural et artistique. Sur ce démonstrateur, la toile imprimée reprend une œuvre originale de l’artiste Alexandra Prajer, intitulée « graines derrière la fenêtre », adaptée aux proportions de la façade et à la présence des ouvertures. Le cadre de fenêtre est un premier marqueur esthétique, la toile en est un second. Aujourd’hui, imprimer une façade ne change ni le détail ni le coût. Cela permet d’ancrer le bâtiment dans son environnement et de créer de l’adhésion. L’esthétique est un levier.

Pose de la toile en façade ©Coat-ing

Ce premier démonstrateur marque-t-il une entrée sur le marché ?
Oui. Deux ans de R&D aboutissent à une solution qui atteint un niveau de maturité avancé. Tous les composants disposent d’une garantie décennale. Nous entrons dans une phase de commercialisation. L’objectif est de démontrer que l’on peut proposer une ITE légère, bas carbone, économique, rapide à poser… et esthétique. Notre objectif est vraiment de proposer une alternative crédible. Une solution plus simple, plus légère, plus adaptable, qui répond aux enjeux environnementaux actuels sans complexifier les chantiers. Et surtout, montrer qu’on peut changer de regard sur la rénovation : la rendre plus rapide, plus accessible, et aussi plus désirable.

 

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