Un rapport d’information de l’Assemblée nationale présenté récemment par le député Michel Castellani souligne le rôle stratégique que pourraient jouer les Scop dans la réindustrialisation et la transmission des entreprises face au départ massif des dirigeants “baby-boomers”. Les Scop, détenues majoritairement par les salariés, se distinguent par une gouvernance démocratique reposant sur le principe “un associé, une voix”, une gestion des bénéfices orientée vers la pérennité de l’activité grâce à la constitution de réserves impartageables, et un ancrage territorial durable. Elles affichent un taux de survie à cinq ans de 79 %, supérieur à celui des entreprises classiques (61 %), et sont plus résiliantes lors des reprises d’entreprises. Depuis l’adoption de la loi Hamon en 2014, qui a levé certains freins juridiques, leur chiffre d’affaires a progressé de 45 % et leurs effectifs de 25 %, pour atteindre près de 62 000 salariés répartis dans 2 700 entreprises. Majoritairement des TPE et PME, les Scop proviennent pour moitié de créations, pour 40 % de transmissions et pour 10 % de reprises d’entreprises en difficulté.
Le rapport insiste sur leur “fort potentiel” pour répondre à deux défis majeurs : la transmission d’entreprises, alors que les dirigeants âgés de plus de 60 ans sont de plus en plus nombreux à chercher un repreneur, et la préservation de l’emploi industriel face aux risques de délocalisation ou de démantèlement par des investisseurs financiers. Toutefois, deux freins structurels ralentissent leur essor : la méconnaissance du modèle et l’accès limité aux financements. Michel Castellani voudrait clarifier les critères d’agrément du statut, contrôler les réserves impartageables lors d’une sortie de régime, adapter la doctrine de Bpifrance et du FDES pour soutenir davantage les reprises, ouvrir l’accès des Scop au prêt transmission, créer un fonds public dédié aux transmissions et reprises par les salariés et rétablir le cumul des aides de France Travail. L’objectif est de mobiliser des financements publics modestes mais capables de déclencher un effet de levier auprès des investisseurs privés.
Dans une tribune publiée le 25 juillet 2025 dans Les Echos, Jérôme Saddier, président du Crédit coopératif et de Coop FR, et Laurence Ruffin, présidente de la Scop Alma et vice-présidente de la CG Scop, appellent eux aussi à “faire le pari de la Scop” face à l’accumulation de plans sociaux dans l’industrie. Selon eux, la reprise coopérative représente une troisième voie entre nationalisation et rachat spéculatif. Ils appellent à l’organisation d’Assises nationales de la reprise afin de reconnaître pleinement le modèle coopératif et de doter les projets viables des outils financiers nécessaires.
