Sous l’impulsion de Valérie Létard, ministre chargée du Logement, le gouvernement de François Bayrou avait tenté de relancer une politique longtemps critiquée pour son manque de cohérence et de moyens.
Nommée ministre du Logement en octobre 2024 puis reconduite en décembre, Valérie Létard avait reçu un accueil favorable du secteur HLM et des acteurs du bâtiment. Sa proximité avec le terrain, son écoute et sa volonté de compromis étaient saluées. Pourtant, sa rétrogradation symbolique en tant que « ministre auprès » du ministre de l’Aménagement du territoire a été perçue comme un affaiblissement institutionnel. Une fragilité politique qui a pesé sur sa capacité à imposer une vision transversale du logement.
Logement social : une reprise fragile mais réelle
Malgré malgré tout, l’année 2024 a affiché une dynamique positive :
- 98 682 logements sociaux financés, soit +8,2 % par rapport à 2023.
- Une forte hausse des reconstitutions dans le cadre du NPNRU (+47 %).
- Un niveau record pour les logements financés en PLS, notamment dans les résidences étudiantes (+39,1 %).
La feuille de route signée en février 2025 avec le Mouvement HLM visait à renforcer cette tendance : 116 500 logements sociaux produits et jusqu’à 130 000 rénovés par an, avec une attention particulière aux petits logements destinés aux jeunes et aux ménages en difficulté.
De son côté, l’hébergement d’urgence a été sanctuarisé à 203 000 places, dont 11 000 réservées aux femmes victimes de violences. Le gouvernement a promis la fin de la sous-budgétisation chronique. Cependant, cette stabilisation n’a pas suffit pas à répondre à la hausse des besoins, dans un contexte de tension sociale et migratoire.
Rénovation énergétique : MaPrimeRénov’ en trompe-l’œil
Côté rénovation énergétique, la communication a été volontariste. Le gouvernement a mis en avant une montée en puissance de MaPrimeRénov’, avec 63 509 ménages bénéficiaires au premier trimestre 2025, soit trois fois plus de rénovations d’ampleur que l’année précédente.
Mais derrière ces chiffres en apparence flatteurs, le dispositif continue de susciter de vives critiques. Les procédures restent jugées trop complexes et l’accompagnement des ménages demeure insuffisant, en particulier pour les plus modestes. Les inégalités territoriales se creusent également : les grandes agglomérations, mieux dotées en ingénierie et en réseaux d’artisans, captent l’essentiel des aides, tandis que les zones rurales peinent à en bénéficier. Enfin, les résultats énergétiques apparaissent souvent en deçà des ambitions : une majorité de dossiers concernent encore des gestes isolés — changement de chaudière, remplacement de fenêtres — plutôt que de véritables rénovations globales et performantes.
La suspension du dispositif au premier semestre 2025, décidée face à l’explosion des demandes et aux tensions budgétaires, n’a fait qu’accentuer les critiques. Cette pause a provoqué une forte incompréhension chez les particuliers et les professionnels, beaucoup de chantiers ayant été retardés ou annulés.
Politiques du logement : une stratégie trop morcelée
Le gouvernement Bayrou a cherché à rétablir la confiance avec le monde du logement. Sur le plan financier, certaines décisions — plafonnement de la RLS, baisse du taux du Livret A, extension du PTZ — ont redonné un peu d’air aux bailleurs sociaux comme aux ménages. Mais plusieurs limites subsistent.
- Une vision trop morcelée : les annonces s’apparentent davantage à des rustines qu’à une véritable stratégie intégrée associant logement, énergie et urbanisme.
- Une dépendance au calendrier politique : nombre d’engagements restaient conditionnés à la stabilité du gouvernement, rendant leur concrétisation incertaine.
- Une réponse insuffisante à la crise du logement étudiant et des jeunes actifs, malgré le record atteint en matière de PLS.
Une dynamique interrompue
Le passage de Valérie Létard au Logement aura été marqué par une volonté sincère de relancer la machine et de renouer le dialogue avec les professionnels. Les chiffres montrent une progression réelle, mais fragile. Le volet rénovation énergétique, pivot de la transition, demeure le talon d’Achille de cette politique.
La chute du gouvernement interrompt une dynamique qui, sans être révolutionnaire, avait le mérite de commencer à stabiliser le secteur. Reste à savoir si son successeur saura transformer ces bases en une stratégie cohérente, capable de répondre à la double urgence : sociale et climatique.




